Découverte du métier d'encadreuse avec Alexia Geroudet
Il se peut que durant nos visites d’expositions en musée ou en galerie, nous soyons interpellés par l’encadrement des oeuvres. Son impact sur le visuel final peut être valorisant ou pas ! Durant des siècles, la lourdeur du bois travaillé ou les dorures ont pris une place démesurée sur le pictural. Mais c’était avant.
L’oeuvre d’art contemporaine s’affranchit souvent des limites apportées par l’action de l’encadreur. Néanmoins, ce métier d’artisanat perdure, un pied ancré dans la tradition et l’autre dans le progrès technique. Rencontre avec Alexia Geroudet pour satisfaire notre curiosité.
Sonia Jebsen : Quel parcours vous a mené au métier d’encadreuse ?
Alexia Geroudet : Mon père a travaillé comme ébéniste, spécialisé en marqueterie. J’ai suivi ses traces avec une formation en menuiserie et ébénisterie au lycée professionnel d’Annemasse (1988). Un de ses clients, Mr Walter Comelli (maitre laqueur), nous apportait des oeuvres à encadrer. Sa confiance m’a ouvert la voie à ce métier artisanal. Suite au départ à la retraite de mon père, je n’ai pas voulu lui succéder en atelier. Mais j’ai continué d’exercer, d’abord chez Hélicolor puis chez Bricomarché à Saint Julien en Genevois.
Ultérieurement, j’ai changé de chemin professionnel et je me suis tournée vers l’aide à domicile. Malheureusement, ma santé en a souffert au point d’obtenir le statut de travailleur handicapé. Après une longue pause et mûre réflexion, je suis revenue à mes « premiers amours » : l’encadrement.
Sonia Jebsen : Quelles qualités et aptitudes professionnelles sont indispensables à l’exercice de votre profession ?
Alexia Geroudet : Avant tout, la polyvalence. Il faut gérer l’aspect mécanique avec l’entretien et la réparation des machines, ainsi que le travail de préparation avec la découpe de verre, de passe-partout, et la fabrication des baguettes.
Minutie, patience et concentration sont indispensables pour manipuler de grandes plaques de verre, ou les machines. Un accident est vite arrivé. Une bonne vue, des mains habiles et l’amour du travail bien fait chapeautent le tout.
Sonia Jebsen : Donnez-nous votre définition de l’encadrement et votre approche envers l’oeuvre qui vous est confiée.
Alexia Geroudet : Un encadrement doit souligner et mettre en valeur une oeuvre sans jamais prendre le dessus. Si le choix n’est pas approprié, l’oeuvre en pâtit. La communication avec le client fournit les paramètres déterminants, à savoir le lieu d’accrochage, ses goûts personnels, et son budget.
Un lien émotionnel se créé avec l’objet. Il m’est arrivé plusieurs fois de pleurer devant un dessin d’enfant ou une photographie et même de ressentir l’effroi face à une tête de diable peinte sur jute !
Sonia Jebsen : Comment est équipé votre atelier ? Les techniques ont-elles beaucoup évolué depuis vos débuts ?
Alexia Geroudet : L’outillage de base se compose d’une scie ou d’une guillotine, d’une assembleuse, une machine de découpe de passe-partout, un compresseur et un coupe verre. Sans oublier cutter, règle et les petits accessoires de bricolage. Après 9 ans « d’absence », les gestes sont identiques légèrement facilités par le numérique pour la découpe.
Alexia Geroudet a relancé son activité d’encadreur cette année, en partie grâce au soutien de Sandrine Berjonneau, directrice de la galerie ArTypique. Depuis, elle voit passer entre ses mains les sublimes photographies de Laurent Ballesta, Ben Thouard, Liliroze… Actuellement, vous pouvez découvrir les portraits d’ours polaires de Kyriakos Kaziras. Des images emplies de douceur et de beauté exposées jusqu’au 30 janvier à la galerie à Carouge.