En 2019, apparaît sur le web une nouvelle plateforme digitale, Art Shortlist, conçue par l’entrepreneur français Thibault de Watrigant. Une de plus, pensez-vous, s’ajoutant à la liste Artnet, Artsy, Singulart, sans oublier Saatchi et Christies ! Sept ans plus tard, le site de vente maintient le cap grâce à une sélection très pointue réalisée par des experts.
Entretien avec Thibault de Watrigant
Sonia Jebsen : Dès la conception, vous avez misé sur la qualité des artistes et non la quantité, expliquez-nous.
Thibault de Watrigant : La sélection s’inspire du principe de la “shortlist”. En raison de notre modèle fonctionnant principalement en ligne, il faut être méticuleux dans nos critères.
Nous choisissons des artistes ayant une reconnaissance établie et une cote sur le marché de l’art. Nous travaillons avec des experts pour garantir l’authenticité et la qualité des œuvres proposées à la vente. Ce modèle sélectif, axé sur des artistes confirmés, est notre marque de fabrique et ce qui nous différencie concrètement de nos concurrents.
Sonia Jebsen : Pourquoi ne proposez-vous pas d’oeuvres photographiques ?
Thibault de Watrigant : C’est une question récurrente de la part de nos clients. Pour l’instant, nous restons sur ce choix n’ayant pas l’expertise nécessaire dans ce domaine. Notre focus est sur les médiums que nous maîtrisons le mieux : peintures, dessins, estampes et sculptures.
Sonia Jebsen : Quelle a été votre stratégie durant la crise sanitaire qui a durement impacté le secteur artistique et les évènements en lien ?
Thibault de Watrigant : La crise sanitaire a été un véritable tremplin pour notre développement. Pendant cette période inédite, nous avons enchaîné les ventes à distance, prouvant que l’art en ligne était une solution fiable et efficace même dans des moments incertains.
Cette crise a largement contribué à l’évolution des mentalités des acteurs du monde de l’art : l’achat et la vente en ligne sont désormais beaucoup plus décomplexés et sont devenus une norme. Les statistiques récentes montrent que le pourcentage des ventes ne cesse de croître. Nous sommes fiers de faire partie des pionniers dans ce domaine.
Sonia Jebsen : Quelle est votre vision du marché de l’art en 2026 ?
Thibault de Watrigant : Après une année 2025 compliquée, 2026 semble s’inscrire dans la continuité, avec un marché encore sous tension sur fond d’incertitudes économiques et géopolitiques, et des collectionneurs plus prudents. Ce ralentissement n’est pas forcément une mauvaise nouvelle. Il pousse le marché à revenir à l’essentiel : l’authenticité, la transparence, la qualité, des prix plus cohérents et surtout la confiance.
Dans ce cadre, les ventes privées ont le vent dans le dos. Elles répondent à une attente simple : acheter dans un environnement maîtrisé, avec des garanties, un accompagnement et une information lisible.
La situation reste néanmoins délicate pour certains artistes et pour les acteurs qui peinent à s’adapter aux nouveaux usages. D’où l’importance d’une transparence réelle, pour expliquer les dynamiques, remettre du contexte et des repères, et sortir d’une communication trop souvent centrée sur l’argent, les records et la promesse de plus-value. Ce prisme finit par lasser. Un marché ne se construit pas durablement sur la seule logique d’investissement, et l’art ne se réduit pas à une simple logique financière.
Sonia Jebsen : Entendu la discrétion au sujet des chiffres de fonctionnement de la plateforme, quel est votre bilan ? Avez-vous injecté de la nouveauté ?
Thibault de Watrigant : Je suis très satisfait du chemin parcouru. Les ventes ne cessent de croître chaque année et les visites du site sont également en constante augmentation, nous positionnant comme acteur important dans le monde des marketplaces d’art.
Je n’ai jamais eu besoin de lever des fonds ou de compter sur des partenaires financiers extérieurs, malgré de nombreuses sollicitations… Cette liberté d’action et de ton nous a permis de créer un concept auquel nous croyons profondément, tout en gardant l’âme initiale de la plateforme.Aujourd’hui, le site est à sa deuxième version et les retours de nos clients sont très positifs. Pour les années à venir, nous réfléchissons à l’intégration de l’intelligence artificielle pour améliorer les performances de la plateforme et coller à la demande des utilisateurs.
Sonia Jebsen : Vous proposez des publications sur divers sujets artistiques. Le public prend-il le temps de lire ? L’image ne domine t’elle pas sur les mots de nos jours ?
Thibault de Watrigant : Bonne question, un peu épineuse mais on parle ici d’un réel sujet de société !
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