Garda Alexander ©Christine Benz

Portes ouvertes sur l'univers artistique de Garda Alexander

Nous sommes ravies de vous présenter l’entretien avec l’artiste Garda Alexander,  réalisé en collaboration avec iazzu.
Ce partenariat passionnant est dédié à mettre en lumière les artistes en comblant l’écart entre les régions germanophones et francophones de la Suisse et au-delà. En renforçant ces liens, nous visons à accroître la visibilité et à créer de nouvelles opportunités pour des talents exceptionnels.
Chaque mois, vous découvrirez les moments forts qui enrichissent la scène artistique et célèbrent ses voix remarquables. Restez connecté(e)s et profitez de la lecture !
 
 iazzu’s Website: https://iazzu.com/ 
 

Sonia Jebsen : La lecture de votre CV nous apprend que vous avez étudié diverses techniques artistiques entrecoupées par sept années consacrées à la médecine. Pourriez-vous expliquer ces allers-retours ? Avez-vous exercé en tant que médecin ? 

Garda Alexander : À première vue, le passage de l’art à la médecine peut sembler contradictoire. Pour moi, il s’agissait d’un élargissement nécessaire de ma recherche artistique. Le décès de mon père a été le tournant décisif. Confronté à la perte, j’ai ressenti un besoin profond de comprendre le corps humain,  ses systèmes interconnectés, les maladies etc. Ces questions m’ont conduit à étudier la médecine. Grâce à la dissection anatomique et à une formation intensive en physiologie et en pathologie, j’ai découvert l’architecture interne de l’humain. Cette expérience n’était pas seulement scientifique, mais aussi existentielle et presque sculpturale. Elle a aiguisé ma conscience de la structure, de la fragilité et de la transformation. 

Je n’ai pas finalisé mes études de médecine mais j’ai obtenu le diplôme de Heilpraktiker (praticien non médical agréé). Pendant quatre ans, j’ai exercé dans mon cabinet, en me concentrant sur l’homéopathie classique et en adoptant une approche holistique. Mon intention a toujours été d’améliorer le bien-être des gens. Au fil du temps, j’ai réalisé que l’art était mon langage le plus authentique. La connaissance du corps et l’expérience des soins nourrissent désormais mon vocabulaire artistique. La médecine n’a jamais été une interruption ; elle est devenue une base invisible qui continue de façonner la profondeur et la conscience éthique de mon travail.

Sonia Jebsen : Nous avons tendance, généralement,  à séparer l’art et la science, la créativité libre et le monde des formules et des théorèmes. Quelle est votre réflexion à ce sujet ?

Garda Alexander :  Pour moi, ils sont complémentaires. La science a formé ma perception et m’a appris la discipline, l’attention et le respect de la complexité. Elle exige une observation précise et une compréhension approfondie des structures et des relations. L’art, en revanche, me permet d’aller au-delà des faits mesurables et d’entrer dans le domaine de l’expérience, de l’intuition et de l’ambiguïté.  L’analytique et l’intuitif ne sont pas des forces distinctes dans ma pratique ; ils s’alimentent et se renforcent mutuellement.  

Historiquement, la séparation entre l’art et la science est relativement récente. Les deux disciplines partagent la même origine : la curiosité pour la vie et le désir de comprendre et d’exprimer le monde. J’aborde l’art avec précision et responsabilité, et  la connaissance avec ouverture d’esprit et imagination. Pour moi, la créativité ne s’oppose pas à la structure, elle s’épanouit grâce à elle.

Sonia Jebsen :   Au fil du temps, votre travail confirme une grande diversité dans les médiums (peinture, dessin, sculpture…) et les styles (figuratif, abstrait et performance). Expliquez-nous l’éclectisme de votre expression.

Garda Alexander : Avant tout, je considère chaque médium et chaque technique comme un processus plutôt que comme un produit fini. La variété des  matériaux et des méthodes ouvrent différentes portes perceptuelles, pour moi et pour le public. La peinture, le dessin, la sculpture et les installations spatiales ont leur propre logique, temporalité et spatialité. Certaines idées exigent l’immédiateté du dessin, d’autres l’engagement physique de la sculpture ou la présence immersive des installations spatiales. En fin de compte, mon intention est d’élargir la conscience et la perception. En passant d’un médium à l’autre, je peux aborder les qualités invisibles, subtiles et relationnelles de la vie d’une manière qu’une seule technique ne pourrait pas pleinement saisir. 

Sonia Jebsen : « La couleur, la forme et la lumière sont les éléments créatifs de l’art concret et, combinés à l’espace, ils constituent le fondement sur lequel repose le travail de Garda Alexander » (cf. notre site web). Vous sentez-vous proche du mouvement artistique italien, le spatialisme, fondé par Lucio Fontana et basé sur l’unité du temps et de l’espace ?

Garda Alexander : L’inspiration vient de l’observation directe de la nature et d’une fascination pour ses rythmes, ses structures et ses relations. Je m’intéresse profondément à la manière dont les phénomènes naturels créent une tension, un équilibre et une résonance dans l’espace. Si le lien existe avec le spatialisme, il n’est pas intentionnel.  Cependant, je reconnais que certaines préoccupations — l’interaction entre l’espace, la lumière et la perception — font écho à des concepts explorés par les artistes spatialistes. Pour moi, ces éléments ne sont pas des références théoriques, mais des outils permettant d’engager les spectateurs dans la perception, d’ouvrir leur conscience et de créer des expériences immersives. 

Plonger dans le Grand Bleu, toile, étirée, acrylique, mixed media et pigments, H 50 x L 50cm
Graine - Pouvoir de la couleur, Papier, Impression Fine Art, H 90 x 90cm
Puissante connexion, toile étirée, mixed media, H 40 x 40cm
Couleur du Cosmos - le Pouvoir est en toi, toile étirée, mixed media, H 92 x 80cm

Sonia Jebsen : Les titres de vos séries sont pour la plupart liés à la science/médecine (vie intérieure, dessin du temps cardiaque, traces du champ énergétique…). Votre démarche est-elle de révéler la richesse de l’infiniment petit, les macro/micro-organismes/éléments… ? 

Garda Alexander :  Je suis attirée par la révélation de la vie de l’intérieur vers l’extérieur, par l’exploration de l’interaction entre le micro et le macro, , l’individuel et l’universel. Le corps devient un langage, un cadre à travers lequel je peux retracer les connexions, les mouvements et les énergies qui s’étendent au-delà de l’individu. En m’intéressant à la forme, au rythme et à la structure, je cherche à rendre visibles les relations subtiles qui nous unissent au réseau plus large de la vie. La science inspire mon approche, mais mon travail vise en fin de compte à susciter la perception, la réflexion et une conscience accrue de l’existence.

Sonia Jebsen : Outre la beauté et la grandeur de la nature, d’où vient votre inspiration ? Dans la littérature, la poésie, la musique… ? 

Garda Alexander : La musique est une source d’inspiration majeure pour moi. Le son, avec son rythme, sa tonalité et sa résonance, est comme un langage universel capable de transmettre des émotions et des structures dépassant les mots. Il façonne ma perception et influence souvent le mouvement, l’énergie et l’atmosphère de mon travail. Les voyages sont une autre source d’inspiration essentielle. Je me considère comme une nomade, attirée par la découverte de différentes cultures, langues et modes de vie. M’immerger dans de nouveaux environnements, de nouveaux sons et de nouvelles expériences élargit ma perception et enrichit mon vocabulaire artistique. Je parle cinq langues, par passion, et cette curiosité pour la communication, le rythme et les nuances culturelles enrichit continuellement mon processus créatif.

Le pouvoir de la lumiere colorée et de la forme, Matériaux mixtes, toile étirée, Plexiglas & Néon, H 120 x L 180cm
Le pouvoir de la lumiere colorée et de la forme, Matériaux mixtes, toile étirée, Plexiglas & Néon, H 120 x L 180cm

Sonia Jebsen : En complément de vos études artistiques, vous avez voyagé en Chine pour vous imprégner de la philosophie et des concepts artistiques. Qu’en gardez-vous personnellement et de quelle manière ces connaissances enrichissent-elles votre travail ?

Garda Alexander : J’ai étudié le Feng Shui avec des professeurs de l’université de Wuhan et j’ai approfondi mes connaissances grâce à l’étude de la biogéométrie. Ces expériences m’ont fourni à la fois des fondements philosophiques et des méthodologies pratiques pour comprendre comment l’espace influence le bien-être humain.

Sur le plan personnel, cette formation m’a enseigné comment l’espace, la forme, les proportions et les couleurs peuvent être consciemment structurés pour créer une harmonie et favoriser la vitalité. Dans mon travail, j’intègre ces principes, en particulier dans les projets commandés et dans le développement de concepts de couleurs. En appliquant des calculs traditionnels ainsi que les principes bio géométriques, je crée des environnements  équilibrés et énergétiquement positifs. En substance, ces études ont renforcé ma conviction que l’art n’est pas seulement un langage visuel, mais aussi un outil puissant pour améliorer les environnements de vie et favoriser une perception holistique et le bien-être.

Sonia Jebsen : Les outils numériques et l’IA font l’objet de débats constants parmi les artistes et  les institutions. Ils sont déjà utilisés par de nombreux créatifs. Font-ils partie de votre processus ?

Garda Alexander : Ils font partie intégrante de mon travail, mais je les considère avant tout comme des assistants et non une source de créativité. Je fournis les données, en m’appuyant sur mes propres connaissances et mon expertise, et l’IA m’aide à structurer, analyser, simplifier/synthétiser les informations. Cette technologie soutient le processus, mais ne remplace pas l’intuition, la perception ou la prise de décision. Par son biais, les idées complexes s’organisent, les concepts sont affinés plus efficacement, tandis que les choix créatifs et conceptuels restent entièrement les miens. En ce sens, l’IA devient un instrument collaboratif, un moyen d’élargir ma capacité à travailler avec des idées, sans prendre le pas sur l’élément humain essentiel de l’expression artistique.

"Couleur du Cosmos, Garda Alexander, Visualisation de l'œuvre d'art créée avec l'application iazzu"
"Couleur du Cosmos, Garda Alexander, Visualisation de l'œuvre d'art créée avec l'application iazzu"

PROFIL DE GARDA ALEXANDER SUR LE SITE :   iazzu 

PROFIL DE GARDA ALEXANDER SUR L’APPLICATION DIGITALE :